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LE COVID-19 AU SENEGAL : UN MAL REVELATEUR (Par Babacar Dramé)

Le Sénégal, comme bien d’autres pays dans le monde est secoué par le COVID-19. Si ce virus à bien des impacts au niveau socio-économique, il faut aussi avouer qu’il a dévoilé les carences d’une société qui se veut émergente, dont la combinaison des valeurs sociales et une meilleure prise en compte des politiques pourraient permettre de réussir.

Le coronavirus, un ennemi sans frontière

Situation exceptionnelle mesures exceptionnelles a-t-on tendance à dire. Le lundi 23 mars 2020, le Président de la République du Sénégal, son Excellence Macky Sall, a décrété l’état d’urgence, assorti du couvre-feu de 20 heures à 6 heures pour lutter contre la montée du coronavirus. L’Etat d’urgence est une mesure exceptionnelle prévue par l’article 69 de la Constitution et la loi 69-29 du 29 avril 1969. Toutefois, l’Etat d’urgence n’est pas une situation inouïe au Sénégal :

« Au moment de l’éclatement de la Fédération du Mali, en 1960, Mamadou Dia, le président du Conseil de l’époque avait décrété l’état d’urgence ;

Par la suite Léopold Sédar Senghor lors de la grève de mai 1968 ;

Le président Abdou Diouf a décrété l’état d’urgence et le couvre-feu au lendemain de l’élection présidentielle de 1988 ;

En 1989 l’état d’urgence encore lancé par Abdou Diouf lors de la montée de la violence lors du conflit sénégalo-mauritanien ».

Cela dit, la particularité de l’état d’urgence actuel est que c’est une « guerre sanitaire » contre un ennemi invisible connu sous le nom de COVID-19 qui, chaque jour, phagocyte des milliers de vie dans le monde, et à une vitesse exponentielle.

Ce mardi 14 avril 2020, le monde compte plus de 119 000 morts du coronavirus1. Alors que 4 milliards de personnes, soit la moitié de la population mondiale, sont appelées ou obligées à rester confinées2. Quant à une telle vitesse de la montée de la cette maladie, des pays comme la Chine, l’Italie, l’Iran, la France, l’Espagne… enregistrent en 24h un bilan de plusieurs centaines de morts, cela montre en quoi la situation pour sauver l’humanité est urgentissime.

Le coronavirus a débuté dans la ville de Wuhan, en Chine, en fin décembre 2019 et s’est rapidement disséminé dans le monde et ses impacts dans tous les continents font qu’il a été déclaré comme pandémie par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Les coronavirus sont une grande famille de virus couramment présents chez les chauves-souris et chez d’autres animaux. « […] Les sources animales éventuelles de la COVID-19 n’ont pas encore été confirmées »3. Les personnes qui sont affectées ressentent les symptômes comme la fièvre, la toux, le mal de gorge, etc.

Les conséquences du coronavirus au niveau social et économique au Sénégal :

Reconnu comme un virus très dangereux, le coronavirus n’a pas manqué de générer des impacts au niveau social et économique sur des leviers qui ont toujours été les soubassements de l’évolution de notre société.

Au niveau social ou sociologique, le coronavirus a détruit en partie, nos us, nos coutumes, nos modes de vie de manière générale. En effet, le constat est que les voisins ne se voient presque plus, chacun reste confiné chez lui, même si quelque part il y a des personnes qui dérogent toujours à la règle. De ce point de vue-là, le danger est que l’individualisme ou la stigmatisation prend le dessus sur certaines populations comme nous l’avons constaté sur ces histoires de « modou-modou » venus d’Europe et repoussés par la société. De la même manière, les cérémonies rituelles comme les baptêmes et les funérailles interdits posent une véritable problématique, car ce sont des moments d’union, de réconfort et de solidarité pendant lesquels les familles se soudent. Alors cette prohibition crée des écarts au plan social et culturel qui a toujours été un levier d’unification.

Enfin, les lieux de culte tels que les églises et les mosquées fermées, les établissements scolaires et les universités, ces temples du savoir clos nous détournent de la sagesse dont la religion et la quête perpétuelle du savoir qui occupent une place prépondérante au sein de notre société actuelle. Mais, la question qui se pose est comment prendre chaque élément à pareille circonstance pour ne pas être détourné de ses vieilles habitudes pendant l’après-crise ?

Au niveau économique, les hôtels ne sont plus autorisés à recevoir des clients. L’aéroport Blaise Diagne fermé au grand public. Le secteur du transport nouvellement paramétré. Une majorité d’entreprises en chômage technique. Une main d’œuvre en chômage partiel, sachant que 60% à 70% de la population sont dans le secteur informel4 et que par conséquent, la croissance économique soutenue sur plusieurs années passera de 6,8% à moins de 3%5. L’Organisation Internationale du Travail (OIT) a estimé que le marché de l’emploi traverse sa « plus grande crise depuis la Seconde Guerre mondiale », estimant que 1.25 milliard de travailleurs seraient potentiellement touchés par réduction de salaire ou un licenciement.

Cependant, les personnes attaquées par le virus au Sénégal sont prises en charge dans les différents services de traitement. 2 décès sur 299 cas positifs et 183 guéris enregistrés ce mardi 14 avril depuis le début de la pandémie le 2 mars est un bilan satisfaisant par rapport à ce qui se passe dans les autres pays, surtout en Europe.  Or, il est bien de préciser à ce niveau qu’il n’existe toujours pas encore de vaccin déclaré par l’OMS capable de guérir les malades. Parallèlement, il n’existe non plus jusqu’à présent de traitement spécifique permettant de traiter le malade à coronavirus. De toute manière, nos médecins doivent à la première ligne être félicités pour leur brillant travail à sauver les personnes atteintes par le virus. De même que les forces de l’ordre qui, depuis que le virus côtoie notre territoire veillent sans relâche au respect strict des mesures édictées par l’autorité suprême pour amoindrir les dégâts. C’est une manière de dire que l’approche interdisciplinaire a bien ses vertus.

Donc, il est important de savoir que le coronavirus a modifié certaines de nos habitudes au Sénégal et a suscité des ralentissements au plan économique qui ne cessent de s’alourdir. Mais nonobstant un tel scénario, le virus est en train d’être neutralisé pour éviter son expansion.

La voix du coronavirus entre crise des valeurs et défaillances du système :

Même s’il y a eu au premier jour du couvre-feu des bavures du côté des forces de l’ordre assez qui sont déplorés par une partie des populations, il faut dénoncer jusqu’à la dernière énergie l’indiscipline de ces personnes qui durcissent le ton et qui refusent de se conformer à la règle. Bref, cela donne une mauvaise impression de quelle société nous sommes véritablement.

En effet, l’usurpation de fonction, le non-respect des mesures prises dans le secteur du transport routier qui limite le nombre de passagers dans les voitures, l’ouverture des mosquées non autorisée dessine à nu le degré d’irresponsabilité qui plane à tout va dans notre société, et même l’absence de valeurs citoyennes et bien d’autres comportements comme la croyance aveugle. Des manières de vivre difficiles à juger, qui laissent à chaque personne un point de vue.

La situation du coronavirus a aussi permis de comprendre que nous sommes un système éducatif et sanitaire loin d’être achevé. Ainsi, les enseignants ont du mal à programmer des cours en ligne parce qu’une grande partie des apprenants n’a pas d’internet ou simplement ne sait pas manipuler l’outil informatique, faute de ne pas être formés. Ce qui fait qu’en cette période la transmission de la connaissance a maille à partir, à l’exception de quelques universitaires. Du côté sanitaire, le constat n’est qu’un paradoxe : un plateau médical très pauvre, un corps médical expérimenté.

Donc, retenons que le coronavirus a bien révélé les secrets d’une société sénégalaise fracturée par des valeurs et des croyances démesurées.  Par contre, l’enseignement et la santé souffrent de quelques maux.

Le coronavirus : un tremplin face à de nouveaux défis

Ce contexte est très marqué par la souffrance des populations. L’Etat, interpellé à la première ligne, déploie un arsenal de moyens, définit sous un fond de « résilience sociale et économique » en vue d’appuyer les couches les plus vulnérables. Cependant, cette forme de solidarité n’est pas simplement du côté de l’Etat mais de toutes les couches de la société y compris le secteur privé et les institutions étatiques qui se sont engagées volontairement pour faire de leurs priorités le renforcement des conditions de vie des populations. Cet acte appréciable qui participe à l’effort de guerre est un des principes qui a toujours existé au sein de notre société, qui doit être restauré afin de mieux promouvoir l’équilibre social et le bien collectif au service de toutes les communautés. Donc, mettre sur pieds une structure qui sera soutenue par l’Etat dont son seul rôle est d’opérationnaliser certains projets déjà structurés et qui seront financés de la même sorte serait extrêmement important pour réussir certaines réalisations. Et de ce point de vue, si chaque individu est conscient d’avoir directement contribué à la réalisation d’un bien public, il fera de tous ses moyens pour la préserver parce que simplement il y garde un œil sensationnel voire sentimental.

De surcroit, la discipline telle qu’incarnée et enseignée par nos aïeux doit aussi être dans nos priorités si effectivement nous voulons fonder une notion plus responsable, capable de s’adapter à n’importe quelle situation. Dès lors, tous les parents sont appelés à plus de responsabilité et d’engagement pour mieux encadrer leurs enfants. Toutefois, l’Etat aussi a une grande part de responsabilité dans ce combat, car il doit aussi participer à discipliner sa population par des moyens tels que la sanction par amende, en mettant en place une brigade spécifique et numérique de surveillance, qui sera communiquée dans l’ensemble du territoire pour éviter que toujours ou en contexte similaire ces genres de dommages puissent être maitrisés et assurer une meilleure adaptabilité.

De même, partant du constat que chaque pays s’est replié sur lui-même pour développer des stratégies de ripostes au COVID-19, le Sénégal a bien vu ses fils développer des outils comme des masques chirurgicaux, des gels hydroalcooliques, des appareils respiratoires artificiels, pour n’en citer que ceux-là. Adolphe Yhiers, dans l’histoire de la révolution française (1841), disait : « le sort de la faiblesse c’est d’être partout dépendant ». Ce phénomène du coronavirus laisse comprendre qu’au Sénégal il y a des spécialistes aguerris, dans les tous les domaines d’activités capables de générer des transformations au niveau industriel dont un soutien performant de la part de l’Etat pourrait permettre de booster pour enfin lever la voile de la dépendance.

Néanmoins, cela est aussi possible que si et seulement si notre plateau médical est revu au point d’intégrer la télémédecine, investir dans la recherche et les centres de développement pour susciter plus de créativité et s’inscrire dans la dynamique de l’innovation comme le télétravail qui cause aujourd’hui énormément de problèmes aux entreprises. Il en est de même pour l’enseignement aux outils informatiques qu’il faudra d’ores et déjà recommander et accompagner dans le programme du deuxième cycle par des heures qui lui seront exclusivement réservées, pour non seulement permettre aux apprenants d’être à l’ouverture du monde, mais également pour parer à d’autres éventualités. Cependant, les moyens de l’Etat sont insuffisants pour doter à tous les établissements le dispositif nécessaire pour placer tous les apprenants dans les meilleures conditions d’apprentissage et assurer une équité pour tous, mais les collectivités territoriales doivent aussi appuyer dans ce sens pour plus décloisonner le secteur de l’éducation qui est une compétence transférée. Les Associations des parents d’élèves des établissements respectifs ont aussi un rôle majeur à y jouer, par la contribution de moyens allant dans ce sillage. Ainsi, une priorisation partant de la zone rurale à la zone urbaine serait un moyen efficace pour assurer cet investissement qui sera paramétré à l’énergie renouvelable dans certaines localités ou l’électrification est absente. Tous ces enjeux ne sont qu’une chaine dont une mauvaise prise en compte d’un seul maillon aura des répercussions sur les autres. En réalité, les mécanismes qui peuvent améliorer le bien-être des populations sur le plan social et économique sont énormes et loin d’être exhaustifs.

En définitive, le coronavirus malgré toutes les mesures qui ont été adoptées, s’est réellement disséminé dans presque tout le Sénégal et a causé des désagréments qui ont d’une part ralenti toute vie sociale et économique. D’autre part, il a permis de comprendre qu’il y a des carences au niveau des modes de vie et des institutions. Enfin, une panoplie de solutions est dégagée pour assurer une meilleure pérennité des politiques de développement.

 

Babacar Drame est diplômé d’une Licence en Ingénierie Technique du Développement Durable ET Management de l’Environnement. Il est membre du Cénacle des Jeunes Auteurs du Sénégal et Entrepreneur d’Africa-Basque Challenge.

 

 

Babacar DRAME, Diplômé en Licence à l’université Alioune Diop 

Membre du Cénacle des Jeunes Auteurs du senegal (CJAS)

 

babacardramee@hotmail.com

8 pensées sur “LE COVID-19 AU SENEGAL : UN MAL REVELATEUR (Par Babacar Dramé)

  • 15 avril 2020 à 12:15
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    Bien dit frère la situation est tellement alarmante .bonne continuation

    Répondre
  • 15 avril 2020 à 9:24
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    Trs bon article mon grand tu as tout dit

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  • 15 avril 2020 à 1:45
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    Bien dit Drame. On vous attend sur d’autres articles,

    Répondre
  • 15 avril 2020 à 2:04
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    Très belle analyse mon cher Babacar DRAME.
    C’est important de souligner que le coronavirus est un ennemi sans frontière de par sa rapidité à franchir invisiblement les frontières et a causé des dégâts incommensurables dans beaucoup de pays voir même dans les grandes puissances tels que la chine et les Etats Unis….
    De ce fait, à l’heure actuelle pour combattre covid-19 au Sénégal il est important d’unir nos forces, d’incarner encore nos valeurs citoyennes , respecter les règles édictée et faire recours à la technologie nouvelle afin de limiter la propagation du virus et aussi de pouvoir s’adapter au contexte du couvre feu et du confinement .

    Ainsi, après le covid-19 on doit se préparer davantage pour s’adapter à n’importe quelle situation .

    Répondre
  • 15 avril 2020 à 6:40
    Permalink

    Très belle analyse mon cher Babacar DRAME.
    C’est important de souligner que le coronavirus est un ennemi sans frontière de par sa rapidité à franchir invisiblement les frontières et a causé des dégâts incommensurables dans beaucoup de pays voir même dans les grandes puissances tels que la chine et les Etats Unis….
    De ce fait, à l’heure actuelle pour combattre covid-19 au Sénégal il est important d’unir nos forces, d’incarner encore nos valeurs citoyennes , respecter les règles édictée et faire recours à la technologie nouvelle afin de limiter la propagation du virus et aussi de pouvoir s’adapter au contexte du couvre feu et du confinement .

    Ainsi, après le covid-19 on doit se préparer davantage pour s’adapter à n’importe quelle situation .

    Répondre
  • 16 avril 2020 à 3:38
    Permalink

    Très belle et pertinente analyse mon cher Babacar Dramé je te souhaite une très bonne continuation

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  • 19 avril 2020 à 4:39
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    Très beau article mon cher vraiment subtil dans l’écriture !
    Impressionnant de voir l’origine, la situation nationale et internationale du Covid, les faiblesses et les défis du système sénégalais revus en quelques paragraphe…
    Bravo tout simplement, bonne continuation mon frère !

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